Voici le déroulé complet d'un mandat conduit en process inversé. Rien d'héroïque, et aucune semaine miraculeuse. Chaque étape produit un livrable précis. La machine porte la logistique, vous portez les décisions. Ce qui change n'est pas la vitesse d'exécution des gestes : c'est leur ordre. Tout ce qui se vérifie est vérifié avant la première offre. Il ne reste donc rien à découvrir ensuite, et c'est là que les mois disparaissent.
Semaines 1–2
Vous rassemblez ce que votre cabinet produit déjà : liasses fiscales, fichier des écritures comptables, relevés bancaires, déclarations de taxe sur la valeur ajoutée, attestations sociales et fiscales.
Ces pièces forment le triangle de fiabilité. Trois sources indépendantes qui se recoupent : la comptabilité, la banque, l'administration. Une source isolée se discute ; les trois ensemble, beaucoup moins. C'est exactement ce qu'un auditeur reconstituera plus tard, à ses frais et au prix de votre calendrier.
La plateforme relance seule ce qui manque, coche ce qui arrive et mesure la complétude en continu. Vous ne poursuivez personne : vous regardez une liste se remplir.
Dès cette étape, la vue d'anticipation montre ce qu'un auditeur ira sonder. Un compte courant d'associé qui bouge beaucoup. Un poste client concentré. Une provision inchangée depuis trois exercices. Vous traitez ces sujets avant qu'ils ne deviennent des questions, c'est-à-dire pendant qu'ils ne coûtent encore rien.
Pour un dossier dont vous tenez déjà la comptabilité, ces deux semaines tiennent en un après-midi de dépôt.
Semaines 3–4
Le livre des faits se construit. Chaque affirmation du dossier est rattachée à sa pièce d'origine, et l'on y accède d'un clic. L'acquéreur n'aura donc pas à reconstruire le dossier : il aura à l'auditer, ce qui prend un temps sans commune mesure.
Ce qui reste incertain n'est pas lissé. Il entre au registre d'incertitude : nommé, pesé, et rattaché à l'instrument qui le traitera — complément de prix, garantie, condition suspensive, séquestre. Afficher une faiblesse paraît contre-intuitif. C'est pourtant le seul moyen de la faire négocier sous concurrence, au lieu de la subir plus tard en exclusivité.
Le databook transforme le fichier des écritures en classeur exploitable : compte de résultat, soldes intermédiaires de gestion, mensualisation, saisonnalité, passerelle d'excédent brut d'exploitation. Les chiffres cessent d'être une affirmation.
La présentation anonyme et le mémorandum se rédigent à partir de ces pièces, en quelques minutes, à votre charte. Vous relisez, vous corrigez, vous validez. Rien ne part sans votre geste.
En parallèle, la liste d'acquéreurs se constitue : registres publics enrichis, base de fonds et d'industriels de la plateforme, thèses d'investissement rapprochées du dossier.
Semaines 5–8
L'accord de confidentialité part à la signature électronique. Dès qu'il revient signé, l'accès à la salle de données s'ouvre seul. Il est nominatif, les documents partent filigranés au nom de leur destinataire, et chaque consultation laisse une trace.
Les questions arrivent au même endroit. La plupart ont déjà leur réponse : le questionnaire type a été rédigé avant le lancement, une fois, pour tous. Vous ne répondez donc plus vingt fois à la même chose. Vous traitez ce qui est réellement propre à chaque candidat.
Ceux qui veulent aller plus loin prennent leur droit d'entrée. Ce péage trie sans que vous ayez à juger : celui qui refuse d'engager quelques centaines d'euros sur une opération à plusieurs millions se retire de lui-même, et il le fait tôt.
Les offres se déposent sur une grille commune. Ce n'est pas une lettre d'intention en prose libre, c'est une lettre à compléter : prix, structure du prix, financement, garanties, exclusivité, réponse ligne à ligne au registre. La date de remise est celle du calendrier du processus, et le dépôt se ferme à l'échéance.
Trois offres deviennent alors comparables terme à terme. Le prix ne se calcule pas. Il se révèle.
Semaines 9–10
L'audit d'acquisition ne découvre plus : il confirme. Le plan d'échantillonnage est fourni — le registre entier, les faits déclarés, un seuil de matérialité — et chaque ligne reçoit un verdict.
Quand un écart apparaît, il est déclaré : motivé, daté, chiffré. Il devient une matière de négociation, traitée par les instruments du registre. Il ne devient pas le prétexte d'une renégociation générale. C'est toute la différence entre ajuster un point et rouvrir un accord.
Viennent ensuite les tables de négociation. Pour chaque candidat, deux agents négocient à partir des seuls faits déposés : l'offre, les réponses au registre, les écarts déclarés. Personne ne leur confie de borne secrète ni d'arrière-pensée. Ils font émerger un point d'équilibre.
Votre client dispose alors d'un point d'équilibre par candidat, et ils se comparent entre eux. Il choisit celui qui lui convient. La validation finale est humaine, des deux côtés, et c'est elle seule qui engage.
Semaines 11–12
L'accord validé des deux côtés se transcrit en projet d'acte. Au mot près, avec son empreinte d'intégrité : ce qui a été validé est ce qui est écrit, et cela se vérifie.
L'avocat rédige l'acte final sur cette base. Il ne réinvente ni la garantie de passif ni la structure du prix : elles découlent du registre et de la grille. Son temps va au droit, non à la reconstitution.
Restent les horloges que personne ne raccourcit : l'information des salariés, les agréments, le déblocage du crédit d'acquisition. Elles ont couru en parallèle depuis l'offre, parce qu'un dossier tracé est précisément ce qu'un comité de crédit réclame pour instruire.
Ce qui se signait en mois se signe en semaines. Non parce qu'on a pressé les gens, mais parce que rien n'a été découvert en route.
Douze semaines supposent un dossier prêt, et les deux premières semaines servent exactement à cela. Un dossier dont le cabinet tient déjà la comptabilité démarre plus vite : les pièces sont chez lui, il ne les demande pas, il les dépose.
Deux réserves d'honnêteté. Les délais dépendent aussi de la disponibilité du cédant : une semaine sans réponse est une semaine perdue, et aucun logiciel n'y peut rien. Et les horloges extérieures gardent leur rythme propre — un comité d'investissement se réunit quand il se réunit.
Un dossier réel, et vous jugez sur pièces. Votre cabinet ne paie rien.